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Le logement étudiant dans tous ses états !

Envie de prendre son indépendance ou besoin de se rapprocher d’une université… Les raisons qui conduisent les étudiants à quitter le domicile parental sont nombreuses. Mais le nombre de logements spécifiques est restreint et dans le parc privé, les prix sont plus élevés… Le tour de la question avec Françoise Bir, directrice du Crous de l’Académie de Versailles, et Malvina Pelay, membre du bureau national de l’Unef, en charge des questions de logement.

 

Un besoin d’autonomie de plus en plus fort

Le logement est l’une des préoccupations majeures des étudiants. Mais d’importants progrès restent à faire, comme le montre une enquête de l’institut Ipsos réalisée en mars dernier pour le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche : 52 % des étudiants estiment que les conditions de logement se détériorent, tandis que 39 % déclarent avoir rencontré des difficultés pour se loger, notamment en raison de loyers ou de cautions trop élevés et de la pénurie de logements.
Une situation qui se heurte à une tendance de fond dans la société estudiantine : celui de la décohabitation. Autrement dit, le départ du domicile parental pour étudier. Toujours selon Ipsos, les étudiants sont plus de 60 % à faire ce choix, contre 45 % il y a encore trois ans. Dans le détail, 33 % vivent dans un logement non universitaire, 14 % en colocation et 13 % en logement ou cité universitaire. Pour Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, c’est le signe d’une « aspiration profonde de la jeunesse française à l’autonomie ». Mais pas seulement… La décohabitation est aussi tout simplement une obligation pour de nombreux jeunes qui se trouvent éloignés des pôles universitaires.

 

Le point de vue de Françoise Bir, directrice du Crous de l’Académie de Versailles

« Le phénomène de décohabitation présente différents visages. Il existe une décohabitation forcée, où les jeunes sont obligés de quitter le foyer parental pour faire des études, et une décohabitation choisie, qui relève d’une volonté d’indépendance de l’étudiant. D’autre part, le phénomène de décohabitation est très différent d’une région à une autre. En province, les jeunes sont davantage obligés de partir pour se rapprocher de leur lieu d’études. »

Le point de vue de Malvina Pelay, membre du bureau national de l’Unef, en charge des questions de logement

« Il y a un besoin d’autonomie chez les jeunes, qui font des études de plus en plus longues : quand on a 25-26 ans, on n’a pas forcément envie de continuer à habiter chez ses parents ! Il y a aussi de plus en plus d’universités qui se regroupent et de Masters différents d’une université à l’autre : si on veut faire les études de son choix, on est de plus en plus amenés à partir dans une autre université, parfois à l’autre bout de la France. »


Un parc spécifique aujourd’hui trop restreint

Face à une demande de plus en plus forte, le parc actuel de logements étudiants spécifiques ne suffit pas. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, il est constitué de 340 000 chambres : 161 500 places dans les résidences du Crous, 40 000 logements sociaux hors Crous, 20 000 places dans les internats de classe préparatoires, 20 000 places gérées par les grandes écoles et 100 000 chambres dans les résidences privées. Cette pénurie pousse naturellement les étudiants à se tourner vers le parc privé (celui des particuliers), en solo ou en colocation. À cela, deux inconvénients : la présence sur le marché de marchands de listes peu scrupuleux, et des loyers plus élevés, notamment dans les grandes villes. Selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), le loyer mensuel moyen, hors résidence collective, atteint 709 € à Paris, contre 439 € dans une ville de moins de 100 000 habitants.

Le point de vue de Françoise Bir

« La particularité des Crous est de proposer des logements à des tarifs 20 à 30 % inférieurs à ceux du marché. Tout cela pour un niveau de prestations et de confort équivalent à celui que l’on trouve dans le parc privé. Ce qui nous distingue, par ailleurs, c’est l’accompagnement social et culturel des résidents. Nous animons la vie collective (matchs d’improvisation, rencontres sportives, etc.) et suivons les jeunes en difficulté. En résumé, nous apportons aux étudiants un service public. »

 

Le point de vue de Malvina Pelay

« Pour avoir accès à un logement autonome, on nous demande énormément de garanties en termes de revenus, or les étudiants n’en ont pas ou très peu. A tort, beaucoup de propriétaires les jugent d’emblée mauvais payeurs. Et en termes de loyer à payer, c’est une grosse dépense pour les étudiants. Ces difficultés se concentrent sur certaines régions : à Paris, en Île-de-France, Rhône-Alpes, PACA, etc. Là, le marché du logement est très tendu et les galères se multiplient. »

 

Les réponses des pouvoirs publics

En 2004, le rapport du député Jean-Paul Anciaux préconisait de renforcer l’offre publique en réalisant 7 000 réhabilitations et 5 000 constructions nouvelles par an, d’ici 2014. Des objectifs qui ont pris du retard : selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 2 000 nouvelles chambres ont été livrées en 2006, 3 807 en 2009 et 4 938 en 2010. Lors de la conférence nationale sur le logement étudiant du 5 avril 2011, la ministre Valérie Pécresse a annoncé le doublement du logement étudiant d’ici 2020, soit 680 000 logements en tout. Le parc Crous comptera ainsi 220 000 places, tandis que 10 % des futurs logements sociaux pourraient être réservés aux étudiants et apprentis, avec le soutien des collectivités territoriales. Parmi les autres mesures envisagées, citons l’instauration d’un label Crous pour les logements disponibles dans le parc privé, ainsi qu’une caution Crous qui servira de garantie de paiement des loyers auprès des bailleurs d’étudiants dont les parents n’ont pas les revenus suffisants. Enfin, un portail unique du logement étudiant devrait être mis en ligne. Il permettra de connaître en temps réel les disponibilités de chambres, que ce soit dans les Crous ou chez les autres bailleurs.

 

Le point de vue de Françoise Bir

« J’accueille favorablement l’annonce de 220 000 places en logement Crous. Cela ne peut que nous conforter dans notre capacité d’accueil social des étudiants les plus modestes et répondre à leurs besoins. Concernant la localisation de ces résidences, nous serons attentifs à ce qu’elles soient à proximité des transports en commun ou des centres urbains pour que les étudiants bénéficient des services d’une ville. »

Le point de vue de Malvina Pelay

« La ministre annonce qu’elle souhaite passer de 340 000 à 680 000 logements d’ici 2020, or il n’y a pas 340 000 logements étudiants : on est seulement à 161 000 places dans le parc Crous ! Même si on se félicite qu’elle fixe des objectifs ambitieux, l’Unef tient à rappeler que le plan Anciaux de 2004 prévoyait 50 000 constructions de logements et 70 000 rénovations en dix ans. Un plan qui, chaque année, n’est pas respecté. Avant de se doter d’objectifs ambitieux, remplissons donc déjà ceux-là d’ici 2014 !»

 

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